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L’essor de la finance durable

Par - Member of the Executive Committee of the Luxembourg Stock Exchange (LuxSE) and Founder of the Luxembourg Green Exchange

Dans un environnement économique touché par des tensions commerciales, des taux d’intérêts plus faibles que jamais, et l’avènement des nouvelles technologies, beaucoup d’investisseurs en quête de rentabilité reconsidèrent leurs stratégies de placement préalablement définies. Mais la quête de rentabilité financière n’est pas le seul facteur qui façonne la place financière de plus en plus mondialisée. Une autre tendance claire émerge au sein des investisseurs, il s’agit de la volonté de participer aux Objectifs de Développement Durable (ODDs) et d’apporter un changement positif à la société. Les investisseurs sont de plus en plus en recherche d’investissements financiers durables et demandent désormais plus de données transparentes concernant les entreprises et les projets dans lesquels ils investissent. 

D’un marché de niche à un marché de masse

La Banque Européenne d’Investissement a émis la première Obligation Climatiquement responsable au monde en 2007, et la Banque Mondiale lui a emboité le pas avec sa première Obligation Environnementale l’année suivante. En dépit d’un départ plutôt lent, la finance durable a enregistré une croissance impressionnante au cours des dernières années, aussi bien en termes d’éventails d’instruments financiers disponibles qu’en termes de volumes d’investissement. C’est démontré par le fait que l’émission de dette durable cumulative mondiale a atteint 1 billion de dollars en octobre 2019. Il est intéressant de noter qu’il a fallu plus de 8 ans pour lever les premiers 100 milliards de dollars, mais seulement 5 mois pour atteindre les derniers 100 milliards nécessaires pour passer la barre du billion de dollars. Cela reflète la demande croissante pour les produits de finances durables et montre la vitesse à laquelle elle gagne du terrain.

La finance durable est née d’un besoin des investisseurs : la nécessité d’avoir des objectifs liés à leurs décisions d’investissement. L’établissement des ODDs et l’accord de Paris sur le changement climatique en 2015 ont conduit à une nouvelle prise de conscience des investisseurs relative au besoin d’orienter les investissements privés vers des projets soutenant le développement durable et la transition vers une économie à faible intensité carbone. Aujourd’hui, les veulent connaître l’impact de leurs investissements sur les générations futures. De plus en plus d’investisseurs basent leurs décisions d’investissement non seulement sur leur expertise financière et leur profil de risque, mais aussi sur leurs valeurs personnelles.

Les épargnants recherchent des investissements qui soutiennent le développement durable et la lutte contre le changement climatique, tout en générant un rendement financier. Comme de multiples enquêtes et rapports l’ont suggéré récemment, il n’y a aucune contradiction là-dedans.

Demande d’investisseur non satisfaite

Les obligations environnementales ont été les premiers instruments financiers durables sur le marché et constituent toujours le principal type de titre de créance durable. En 2019, le marché des obligations environnementales a connu un véritable essor. Dans la première moitié de l’année, les nouvelles émissions d’obligations environnementales en ligne avec les normes internationales ont augmenté de 48% à l’échelle mondiale, comparé avec la même période de l’année précédente. Pour le mois d’octobre 2019, les nouvelles émissions d’obligations environnementales ont atteint 211.8 milliards à l’échelle mondiale.

En dépit de la forte augmentation des émissions d’obligations environnementales, les investisseurs demandent plus. L’Initiative Obligation Climat, une organisation internationale à but non lucratif œuvrant à mobiliser des marchés de capitaux pour lutter contre le changement climatique, a récemment réalisé une étude parmi quarante-huit des plus gros gestionnaires de titres à revenus fixes basés en Europe avec des actifs combinés sous gestion de 13.7 billions d’EUR.

L’étude a été parrainée par la Bourse du Luxembourg et d’autres institutions promouvant le programme de finance durable, et a examiné de quelle manière la communauté des investisseurs à revenu fixe abordait la question du changement climatique à travers ses décisions d’investissement. Le rapport d’enquête, intitulé l’Etude 2019 des Investisseurs Européens d’Obligations Environnementales CBI, suggère qu’il existe actuellement une demande non satisfaite concernant les obligations environnementales. Les personnes interrogées demandent plus de diversification dans les émetteurs d’obligations environnementales, et souhaiteraient particulièrement voir plus d’obligations environnementales de la part d’émetteurs privés. Presque deux tiers des personnes interrogées ont exprimé le fait qu’elles préféraient les obligations environnementales aux obligations traditionnelles lorsqu’elles étaient disponibles et à prix concurrentiels.

Appel à la transparence

Une autre tendance intéressante reflétant le processus de décision des investisseurs basé sur la valeur, est la demande de plus de données transparentes sur les entreprises et projets dans lesquels ils envisagent d’investir. Les investisseurs utilisent désormais les données non financières dans leurs analyses d’investissement de départ, pour mieux prédire la performance future et les risques d’une entreprise. Après tout, la durabilité consiste à générer de la valeur à plus long terme tout en réduisant les risques, et ce sont là des aspects que la plupart des investisseurs apprécient.

Afin de fournir une réponse à la demande des investisseurs pour plus d’informations concernant les approches de durabilité des entreprises, de plus en plus de compagnies intègrent des aspects Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance dans leur modèle d’entreprise et leurs processus de décision, et apportent, en outre, de la transparence aux investisseurs et autres acteurs concernés via des rapports ESG.

Les investisseurs sont les moteurs du changement et ont le pouvoir de rendre la finance plus écologique et plus durable par leurs choix d’investissements. Toute compagnie désirant garantir la croissance et les intérêts futurs des investisseurs devrait donc examiner attentivement l’idée d’intégrer des aspects Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance dans son modèle d’entreprise, incluant ses chaines d’approvisionnement. Une chose est sure, la finance durable va perdurer et deviendra la nouvelle norme.

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