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Interview : qu’est ce que le Private Equity ?

Par - CEO Luxembourg Private Equity & Venture Capital Association

PAROLE D'EXPERT: QUESTIONS À RAJAA MEKOUAR-SCHNEIDER – CEO LPEA

« Le secteur du Private Equity connaît une croissance exponentielle. Il exige plus d’attention et de surveillance de la part des investisseurs et du régulateur. »

Version textuelle de l'interview :

1/ Pouvez-vous définir le Private Equity ?

Le private equity est une catégorie d’actifs de placement généralement définie comme investissement alternatif. Je n’aime pas le terme « alternatif » parce que le private equity représente un large éventail de l’industrie dans le secteur financier. Il s’agit d’investir à titre personnel dans des sociétés dites privées, par exemple, celles qui ne sont pas répertoriées sur les marchés boursiers. C’est la définition générique principale qui le distingue des actions répertoriées sur les marchés des actions. Cela implique généralement un grand nombre d’étapes, allant d’investissements à un stade très précoce dans de très petites sociétés, ou, comme nous les appelons, d’amorçage ou même de pré-amorçage, jusqu’à des sociétés en difficulté ; et vous rencontrez, en cours de route, toutes sortes d’étapes que je pourrais approfondir un petit peu plus mais cela englobe un large champ de l’économie. Cela concerne tous les types de sociétés dans lesquelles un investisseur de capital privé investira avec ses fonds privés, par opposition au fait d’acheter une action cotée sur le marché boursier.

2/ Quelles sont les différences majeures entre le Venture Capital et le Leverage Buyout ?

La différence entre venture capital (capital de risque) et leverage buyout (rachat par endettement) est liée au stade de maturité de la société qui est en train d’être achetée. Le capital de risque intervient à un stade plus précoce, il concerne des sociétés moins matures n’ayant peut-être encore de revenus ou pas de rentabilité. Alors que les rachats par endettement concernent un stade plus avancé, des sociétés plus établies qui généreront généralement un flux de trésorerie positif et seront de taille plus importante. La seconde différence clé entre le rachat par endettement et les capitaux risques est le type de structure lorsqu’il est question de financer l’acquisition. Généralement, une société risque recevra uniquement des financements d’action, tandis que le rachat par endettement inclura des sortes d’effets de levier. En général, 50% de l’acquisition peut être financée par la dette. La raison en est la suivante : les flux financiers internes à la société peuvent justifier de tels leviers, ils améliorent le rendement et réduisent également la facture fiscale. 

3/ Quels sont les principaux risques liés à ces deux types d’investissements ?

Le private equity est appelé « classe d’actifs risquée » pour deux raisons : la première étant sa non-liquidité. Donc, en comparaison avec une action achetée sur le marché boursier, vous ne pouvez pas la vendre chaque jour. La création de valeur arrivera avec le temps, généralement en trois ou quatre ans, et c’est ce que nous appelons « le risque ». J’aime penser à la prime de risque parce que le private equity est très concentré sur ses investissements, il en résulte que vous justifiez une prime d'illiquidité, ce qui signifie que l’investisseur obtiendra un rendement supérieur pour le risque qu’il prend. Le risque étant, encore une fois, lié à sa non-liquidité. En dehors de ça, je pense que le risque sera lié au fait que si vous investissez dans un fonds sur lequel vous n’avez aucune influence, vous êtes un investisseur passif. Mais si vous investissez directement dans une société dans laquelle vous contrôlez d’avantage ce qu’il s’y passe, le risque sera plus lié à sa non-liquidité, en comparaison avec une catégorie d’actifs liquides. 

4/ Qu’est-ce qui explique l’attrait des investisseurs envers ce type d’investissement ?

Le private equity est devenu encore plus attractif depuis la crise financière. Cela est dû au simple fait qu’il ait très bien fonctionné, mieux que les marchés boursiers, avec moins de volatilité et plus de cohérence dans sa performance. Par conséquent, comme les taux d’intérêt ont progressivement baissé et les rendements diminué dans de nombreuses autres catégories d’actifs, le private equity a suscité davantage d’intérêt. Il a donné de très bons résultats et continue de le faire en dépit de la crise financière. 

5/ Quelles sont les développements actuels du marché du Private Equity ?

Au Luxembourg, le private equity a progressé de façon régulière, tout comme l’a fait le reste du marché. Ce que nous avons vu, avec l’apparition d’une réglementation accrue, c’est la progression vers plus de fonctions de service de clientèle et le renforcement des équipes de sociétés de private equity ayant toujours été présentes ici. Ce qui nous aide beaucoup, car cela créé des emplois et nécessite des compétences plus sophistiquées. De façon plus générale, comme le secteur progresse très rapidement, il requiert plus d’attention et de surveillance de la part des investisseurs et du régulateur. Nous devons maintenir le succès et nous assurer qu’il perdure quoiqu’il puisse arriver en termes d’économie globale. Une autre tendance majeure affectant positivement le private equity au Luxembourg est l’émergence de nouveaux types d’investisseurs ; grâce à la démocratisation, le private equity est disponible pour un plus large éventail d’investisseurs. Je souhaiterais aussi mentionner les banques privées qui sont très présentes ici, tout comme les family offices ont été de plus en plus présents et importants pour cette catégorie d’actifs. Ces tendances sont très importantes pour le futur.

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