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Pourquoi le Luxembourg a émergé comme pays porteur de la LPS ?

INTERVIEW: MINISTRE DES FINANCES LUXEMBOURGEOIS

"Je crois que le Luxembourg et l'assurance-vie est une success-story" 
 

Le Ministre des finances Luxembourgeois Pierre Gramegna préface ce second chapitre sur l'assurance-vie en libre prestation de service.

Zoom sur la success-story de l'assurance-vie, l'impact du Brexit et sa vision d'avenir.
 


Version textuelle de l'interview:

 

Pourquoi le Luxembourg a émergé comme pays porteur de l'assurance en Libre Prestation de Services ?

Le Luxembourg est probablement le pays qui a su le mieux tirer avantage du grand marché unique. Que fait le grand marché unique ? Et bien, il vous permet d'avoir un passeport pour vendre les services au-delà des frontières du Luxembourg dans tous les autres pays du marché unique de 500 millions de consommateurs. C'est ce que nous avons fait pour l'assurance-vie et nous constatons qu'aujourd'hui le Luxembourg est un des leaders si ce n'est LE leader de la prestation transfrontalière dans l'assurance-vie où nous avons presque 20 milliards de primes et une croissance constante. Nous avons également vu une belle croissance dans le domaine de l'assurance non-vie où, dans le contexte du Brexit, la progression a été de plus de 20% pour atteindre un peu plus de 3 milliards de primes.

 

Pourquoi le Luxembourg est-il particulièrement attractif ?

Tout d'abord parce que c'est un pays triple A et que les assureurs aiment bien s'établir dans un pays sûr et il n'y a guère qu'une dizaine triple A financier dans le monde et nous en sommes un. Deuxièmement, nous avons une gamme de produits très intéressante qui tient compte des besoins spécifiques des clients, de leur culture différente, de leur langue et le multilinguisme et multiculturalisme de notre pays est dans ce contexte d'une grande aide. Finalement, l'interaction entre le monde de l'assurance et la place financière est évident et les produits, que ce soit le private banking en tant que tel ou les fonds d'investissements, sont tout à fait complémentaires à ce que peut apporter une assurance-vie. Pour toutes ces raisons, je crois que le Luxembourg et l'assurance-vie est une success story.

 

Quel sera l'impact du Brexit sur le secteur de l'assurance au Luxembourg ?

Je pense que nous avons constaté qu'à court terme le Luxembourg a su tirer son épingle du jeu dans le contexte du Brexit. Nous avons été les avocats d'une sortie pas tellement dure – un soft Brexit – mais qui s'est révélée impossible mais nous allons tout faire pour garder des ponts et ne pas brûler les ponts qui existent avec le Royaume-Uni. Et nous avons d'ailleurs eu une stratégie coopérative avec la place financière de Londres et bien nous en a pris puisque dans le contexte du Brexit, nous avons onze sociétés d'assurance qui n'étaient pas présentes au Luxembourg qui ont choisi notre pays. A quoi cela est-il dû ? Je pense que c'est dû, entre autres, à l'existence d'une place financière déjà très dynamique. Deuxièmement, le fait d'avoir un régulateur, le Commissariat aux Assurances (ACA) qui est spécifiquement outillé pour s'occupe des assurances, il ne s'occupe pas des banques, il ne s'occupe des fonds d'investissement, il est concentré sur les assurances. Et puis, troisièmement, il est clair que les produits d'assurance, aujourd'hui, sont de plus en plus sophistiqués et personnalisés, et comme nous avons l'habitude au Luxembourg de faire tout pour que nos clients soient heureux, nous avons fait la même chose pour le secteur de l'assurance-vie et le résultat a été très satisfaisant.

 

Comment voyez-vous l'avenir de l'assurance en Libre Prestation de Services ? Menaces et opportunités ?

En ce qui concerne les opportunités, je commence par celles-là parce que je suis un optimiste, je dirais qu'il y a deux grandes tendances qui vont avoir un impact important sur la Libre Prestation de Services dans le domaine des assurances. La toute première, c'est la digitalisation de l'économie et la manière dont on fait parvenir les prestations d'assurance-vie vers les clients. La digitalisation et le commerce électronique font que le démarchage devient beaucoup plus direct avec moins d'intermédiaires. Cela, me semble-t-il, devrait pouvoir avantager le Luxembourg qui a, bien sûr, un réseau de centre de données extrêmement puissant, un pays très bien organisé, et donc peut être accessible facilement de tous les coins d'Europe. Le deuxième élément que je voudrais souligner, qui est une opportunité, c'est tout ce qui est finance verte. Comment utiliser l'assurance-vie et la mettre en relation avec la finance soutenable telle est la question. Je dois dire que je n'y ai pas tellement réfléchi mais comme je suis un fervent défenseur de l'économie soutenable et aussi de l'effet de levier que notre place financière peut jouer pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris sur le changement climatique,  je compte bien sur le secteur de l'assurance pour trouver des produits qui en appelleront à la conscience écologique des clients autant qu'à leurs intérêts privés.
Au niveau des menaces, elles sont plutôt d'ordre macro-économique et politique. Celle qui m'inquiète le plus, c'est peut être celle de la tension commerciale entre les États-Unis et la Chine, les États-Unis et l'Europe car la Libre Prestation de Services fonctionne bien sûr sur les marchés ouverts. Si les tensions économiques et commerciales entre les pays perdurent, si les marchés se ferment, cela sera négatif pour l'assurance-vie en particulier. Les tensions politiques, elles, ont toujours existées, elles continueront à exister. Nous aurons des élections européennes au mois de mai et nous devrons tirer les conséquences de ces élections mais je suis tout à fait conscient que le marché unique des services restera intacte et que l'assurance-vie pourra continuer à se développer.

 

 

 

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